Interview – Les plantes de Tomine : la ferme du bien-être

La passion chevillée au corps, Thomas Muzelle cultive du « chanvre bien-être » en famille, sur l’exploitation qui a vu grandir ses grands-parents puis ses parents. Une activité intense et exigeante qu'il ne saurait concevoir sans partage.

Interview – Les plantes de Tomine : la ferme du bien-être

ll en rêvait, il l’a fait. Jeune agriculteur titulaire d’une licence en biologie, Thomas Muzelle s’est tourné vers la culture du « chanvre bien-être » en 2017. Une activité qu’il exerce désormais autour de la ferme familiale « Les Plantes de Tomine », à Montagny (Rhône). Mais plus qu’une exploitation chanvrière, c’est « un véritable petit écosystème qui repose sur le partage, le travail et la joie ! »

Est-ce que vous pouvez nous retracer la genèse des Plantes de Tomine ?

Thomas Muzelle : Je suis titulaire d’une licence en biologie, et le vivant m’attire depuis mon plus jeune âge. La plante de chanvre bien-être est un sujet qui m’intéresse depuis très longtemps.

En 2017, quand j’ai vu la réglementation évoluer, je me suis penché un peu plus sur la question pour savoir ce qu’il en était. J’ai eu la chance de pouvoir travailler au sein d’une exploitation de production de chanvre bien-être ; j’en ai été le gestionnaire pendant une année. Par la suite, j’ai décidé de créer mon propre projet au sein de la ferme familiale, là où mon grand-père puis mes parents ont évolué. On a souhaité diversifier l’activité, avec l’élevage bovin mais aussi la production de plantes aromatiques et médicinales, et un peu de maraîchage.

Comment s’est déroulée la mise en œuvre de ce projet de culture chanvrière ?

En 2019, on a commencé à préparer les premiers dossiers pour obtenir les autorisations de culture auprès de la préfecture. Ensuite, on a fait des déclarations auprès de la chambre d’agriculture et de la direction départementale des territoires (DDT). De son côté, notre maire nous a accordé la permission de cultiver au sein de la commune. Et, aujourd’hui, on est suivi par notre gendarmerie de secteur, qui est la brigade de Roanne.

Thomas Muzelle en compagnie de Joceline son associée.

« Présenter notre projet a permis de détendre un peu l’atmosphère autour de cette plante »


Ci-dessous le chanvre sous serre durant l’été 2021.

Est-ce que vous avez rencontré des obstacles ou des oppositions dans le cadre de ces démarches ?

C’est justement la présentation de ce projet, à travers les dossiers qu’on avait préparés, qui nous a permis de montrer à nos interlocuteurs l’intérêt de la plante. On a pu leur expliquer quels étaient nos objectifs et ce que pouvait apporter une agriculture nouvelle. Quand on a présenté tout cela aux différentes administrations, ça a détendu un peu l’atmosphère autour de cette plante qui, aujourd’hui, est en train de faire son chemin dans l’esprit des gens.

Dans quelles conditions avez-vous commencé la culture proprement dite ?

Au départ, on a travaillé avec les semences du groupe Hemp-it pour nos premiers essais en 2017-2018. Mais on s’est très vite rendu compte que, pour la culture du chanvre bien-être, dès lors qu’on souhaitait sélectionner les plantes mâles et femelles, on rencontrait des difficultés avec cette semence. Du coup, en 2019, on s’est penché sur la question, et depuis, on sélectionne les plantes de façon à gagner du temps lorsqu’on les met dans le champ.

À quoi ressemble, mois après mois, le calendrier d’un cannabiculteur ?

De février à mai, on fait du développement sous serre de plantes sélectionnées par nos soins et qui vont servir à réaliser les plantes mères. Parallèlement, on prépare toute la partie potagère (maraîchage). Une fois les Saints de glace passés, aux alentours du 15- 20 mai, on procède à la plantation dans les champs. Ensuite, il y a toute une phase d’entretien jusqu’au 15 juillet : binage, taille… On fait aussi un peu de sélections car, lorsque les plantes passent de la serre à l’extérieur, certaines sont malades.

Ensuite, vers le 15 juillet, on réalise un paillage général sur nos parcelles, de façon à créer une couverture destinée à éviter l’évapo-transpiration et l’assèchement de sols. La récolte intervient à partir du 10 septembre jusqu’à la première semaine d’octobre. Une fois celle-ci effectuée, commence la phase post-transformation. On met en place les séchoirs, les bidons pour réaliser le curing, pour faire ressortir au maximum les goûts et les saveurs des plantes. Puis, à partir du 1er novembre, on fait nos premières ventes.

Côté analyses, comment ça se passe ? 

C’est une partie importante etassez technique. On effectue une analyse le 15 août, pour voir comment les plantes évoluent dans le champ, en termes de taux de CBD, de THC… Ensuite, on procède à une nouvelle analyse huit jours avant la récolte, donc au 1er septembre. C’est ce retour qui va nous donner le top départ.

Sous le soleil de Montagny, les plantes de chanvre vivent leur vie.

Vous arrive-t-il d’avoir de mauvaises surprises avec un taux de THC trop élevé ?

C’est arrivé en 2017, lorsque j’ai fait mes premiers essais, puis en 2018. Le problème, aujourd’hui, avec les graines qu’on achète auprès des différents semenciers, c’est qu’elles ont un taux de variabilité très important, ce qui m’a valu de gros soucis ces années-là, avec des taux dépassant parfois 0,5 %, voire 0,7 %. Je me retrouvais donc avec de la marchandise non commercialisable car elle ne respectait pas le cadre réglementaire. C’est à partir de là qu’on s’est mis à faire de la sélection. Dès lorsqu’on a une femelle qui présente de bons taux, une bonne génétique et une bonne résistance, on la conserve. Quant à celles qui sont hors cadre légal, on essaie de les éliminer.

Quels sont les produits vendus dans votre boutique en ligne ?

Aujourd’hui, nous avons une offre qui s’est un peu étoffée : des fleurs séchées ; une gamme d’infusions et d’aromatiques diverses et variées ; des huiles ; des gourmandises (chocolat, caramel, miel…). On est aussi en train de développer de la cosmétique : crèmes pour la peau, baume du tigre à base de CBD, huiles anti-inflammatoires, huiles de massage ; et aussi des e-liquides, qui devraient être commercialisés d’ici deux à trois semaines.

Pour ce qui est des huiles et de la cosmétique, vous procédez comment ?

Nous collaborons avec un partenaire, un laboratoire, en salle blanche, ce qui nous permet de respecter tout le cadre hygiène et de garantir la traçabilité de nos produits. Pour nous, c’est un aspect essentiel.

Et en ce qui concerne les gourmandises ?

On travaille avec un pâtissier installé en Savoie. On lui fournit les produits bruts, de la fleur ou de latrim (des petites paillettes de feuillage). Avec ça, il fait infuser ses beurres, ses gourmandises, et il incorpore le tout dans les matières qu’il transforme.

Quelles sont vos voies de distribution ?

Côté canaux de distribution, on a notre boutique en ligne mais aussi des épiceries de village, des épiceries fines… Il y a également des CBD shops et des bureaux de tabac. L’essentiel est concentré sur la région Rhône-Alpes, mais on est également présent à la Martinique, à travers une boutique qui distribue nos produits.

Thomas Muzelle veille au grain dans son champ.

Et côté perspectives de développement ?

En ce qui concerne l’aspect commercial, notre objectif est d’accroître notre implantation dans les CBD shops en mettant l’accent sur la qualité supérieure de nos plantes : elles sont produites en France, par des agriculteurs raisonnés, et centrées sur une agriculture contemporaine qui regroupe plusieurs activités. Du point de vue développement, notre but est d’avoir des variétés et des arômes différents de ce qu’on peut trouver sur le marché, et d’apporter un savoir de chanvrier cannabiculteur.

Est-ce que vous êtes membre de regroupements ou d’associations ?

On fait partie de l’Association française des producteurs de cannabinoïdes (AFPC), ce qui favorise les contacts. Malheureusement, sur notre secteur, on n’a pas beaucoup d’échanges. Je pense que certains restent à l’écart parce qu’ils ont peur de se faire voler des recettes ou un savoir ; d’autres craignent sans doute d’être montrés du doigt comme « producteurs de drogue ».

Cela dit, l’univers du CBD reste un petit cercle et on a tout de même une certaine vision du nombre que l’on peut représenter. Aujourd’hui, je suis en lien avec la chambre d’agriculture, la Safer, donc on connaît les différents dossiers qui sont montés ou en cours de montage. Je voudrais également parler de l’association des Jeunes Agriculteurs du canton de Perreux. Ce sont des amis, mais aussi des partenaires qui m’accompagnent dans le développement de ce projet. Tous les quinze jours, on se retrouve pour échanger, ce qui est très important pour chacun d’entre nous.

Passé la récolte, vient le temps du séchage.

Pouvez-vous nous dire quelques mots à propos du woofing, que vous pratiquez sur votre exploitation ?

Pour nous, c’est un moyen de partage. Cela évite de rester tout seul sur sa ferme sans jamais sortir la tête du guidon. Donc il ne s’agit pas de main-d’œuvre, je parlerai plutôt de communication, d’échange, de sensibilisation auprès du public.

C’est aussi une façon d’accompagner de futurs agriculteurs dans leurs projets. Et puis, il y a des gens qui viennent faire du woofing, pendant une ou deux semaines, à la découverte de ce qu’est la production du chanvre. Pour nous, c’est l’occasion de leur montrer les différentes phases de notre activité, l’intensité du travail, parce que c’est loin d’être des vacances. Et, je tiens à le rappeler, on ne devient pas millionnaire en plantant du chanvre. Il ne s’agit pas de faire pousser trois plants de cannabis dans son jardin pour sa propre consommation… Cultiver 35 000 plants nécessite d’énormes moyens : des espaces de stockage gigantesques, des moyens humains et une machinerie très importante.

Le woofing permet de se rendre vraiment compte de ce qu’est la culture du chanvre. Et puis, pour finir, je pense à mes amis à la fac : pour eux, c’est l’occasion de prendre un bon bol d’air en revenant à la terre.


Les plantes de Tomine en chiffres :

  • 3,8 à 4 hectares dédiés à la culture du chanvre bien-être
  • Entre 28 000 et 35 000 plantes
  • 8 variétés de chanvre
  • 55 à 65 jours de floraison
  • 30 espèces aromatiques différentes

 Pour plus d’infos rendez vous sur le site tomine-cbd.fr

contact@tomine-cbd.fr

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