Consommateurs de CBD : ce qui les motive

Le CBD fait un carton en France. Certes, mais que recherchent les utilisateurs dans cette molécule ? C’est la question que s’est posée l’équipe de Davide Fortin, doctorant à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Consommateurs de CBD : ce qui les motive

Un marché en pleine croissance, des boutiques qui fleurissent un peu partout, des espaces qui lui sont dédiés en supermarché, des chefs étoilés qui l’intègrent dans leurs recettes, des reportages à la télé… Le CBD semble omniprésent ces derniers temps. Mais qu’est-ce qui se cache derrière le succès de cette molécule encore méconnue ? Autrement dit, qu’est-ce qui peut bien pousser autant de consommateurs à se tourner vers le cannabidiol, eux qui ont longtemps « fait sans » ? C’est la question sur laquelle s’est penchée l’équipe menée par Davide Fortin, doctorant à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne. Publiés dans Journal of Cannabis Research, les résultats de cette étude apportent un nouvel éclairage sur les motivations qui guident les adeptes du CBD. Revue de déail.

L’exemple du Royaume-Uni

Pour commencer, l’équipe dirigée par Davide Fortin s’est appuyée sur les travaux des docteures Julie Moltke et Chandni Hindocha. Des recherches menées au Royaume-Uni en 2019 et qui avaient pour but d’identifier les motivations des utilisateurs de cannabidiol et les modes d’administration privilégiés. 387 personnes avaient alors répondu à un questionnaire en ligne. Il en était ressorti que « l’anxiété auto-perçue, les problèmes de sommeil, le stress et la santé et le bien-être en général étaient les 4 principales raisons de la consommation de CBD… […] et l’administration sublinguale était de loin la voie d’administration de CBD la plus citée ». Partant de constat, « nous avons cherché à identifier les corrélats sociodémographiques et comportementaux de l’utilisation du CBD pour le bien-être général et à des fins plus spécifiques chez les utilisateurs français, ainsi que les modes d’utilisation associés. Ce faisant, nous visions à reproduire les enquêtes de Moltke et al. et potentiellement mettre en évidence les différences spécifiques à chaque pays », précise Davide Fortin.

Une approche comparable

L’approche privilégiée par l’équipe française est comparable à celle des chercheurs britanniques. En l’occurrence, il s’agissait d’une enquête anonyme en ligne, accessible à partir d’un « lien distribué via des médias spécialisés, des groupes d’utilisateurs de CBD sur Facebook et une communauté de personnes souffrant de problèmes de santé chroniques. Par conséquent, les participants ont été recrutés dans la population générale. Les données ont été collectées à l’aide d’un formulaire d’enquête Google entre le 23 avril 2020 et le 30 mars 2021 ». Entre autres informations recueillies dans ce questionnaire figuraient : temps écoulé depuis la première utilisation de CBD, nombre de jours d’utilisation au cours des 30 jours précédents, heure de la journée à laquelle le CBD a été consommé, lieux d’achat au cours des 30 jours précédents et principal type de produit au CBD utilisé au cours de la même période. Était également abordée la question de la motivation : une seule réponse était possible, mais comprenant différentes options telles que le bien-être, la réduction de la consommation de substances psychoactives, la curiosité et la socialisation. Par ailleurs, les personnes ayant mis en avant le bien-être ont été amenées à préciser les effets attendus. Il pouvait s’agir de traiter des troubles du sommeil, du stress, de l’anxiété, des problèmes cutanés, des douleurs ou des inflammations, ou de favoriser la concentration et l’énergie.

« Pour mon bien-être » avant tout

L’échantillon comprenait 1 166 individus, tous utilisateurs de CBD et résidant à 98 % en France. 70 % d’entre eux étaient de sexe masculin, avec un âge médian de 36 ans. Parmi les quatre raisons les plus citées, la quête de bien-être arrive en tête (27 %). Derrière, 25 % ont répondu « pour guérir ma maladie ou réduire les symptômes associés », 12 % « pour réduire la consommation de tabac ou d’autres substances » et 9 % « parce que j’avais des difficultés à obtenir du cannabis régulier (c’est-à-dire illicite) ». Parmi ceux qui ont mis en avant la recherche de bien-être, les effets les plus attendus étaient les suivants : diminution du stress (63 %), amélioration du sommeil (60 %), réduction de l’anxiété/de la dépression (43 %), diminution de la douleur ou de l’inflammation (41 %), augmentation de la concentration (16 %) et soulagement des maux de tête (16 %).
Autres informations collectées, celles liées au lieu d’achat : les sites Internet représentent 66 % des réponses, et les magasins spécialisés 20 %. Enfin, « les modes d’utilisation les plus courants étaient la consommation de cannabis riche en CBD (61 %) et l’ingestion d’huile de CBD par voie sublinguale (19 %) ». Détail intéressant, les personnes ayant des revenus (autodéclarés) inférieurs ou sujettes à l’embonpoint étaient les plus nombreuses à vouloir améliorer leur sommeil.

Des spécificités nationales ?

Alors, quels enseignements tirer de cette étude ? Pour l’équipe emmenée par Davide Fortin, certaines conclusions corroborent les résultats des recherches menées au Royaume-Uni il y a deux ans. « Conformément aux conclusions de Moltke et al., nous avons constaté que le bien-être était l’une des principales raisons les plus citées pour l’utilisation du CBD dans notre échantillon français. De plus, parmi ceux qui ont déclaré cela, la réduction de l’anxiété, l’amélioration du sommeil et la diminution du stress étaient les effets attendus les plus cités. » En revanche, « le sexe n’était associé à aucune raison d’utiliser le CBD. Notre population d’étude française différait de celle du Royaume-Uni à plusieurs égards : le rapport hommes-femmes était plus élevé, le temps écoulé depuis la première utilisation de CBD était plus long et une plus grande proportion de participants fumaient du CBD. Si ces différences peuvent être dues en partie aux méthodes de recrutement, des spécificités nationales ne peuvent être exclues », suggère l’équipe française.


Le mot de Davide Fortin

Une fois ses travaux décryptés, nous avons contacté Davide Fortin, l’auteur de cette étude. À partir des résultats de cette enquête, il importait en effet d’explorer les pistes à suivre en matière de santé publique et réglementation. Voici son propos : 

« Nos recherches ont permis de mettre en avant l’importance des fleurs sur le marché du CBD. En France, elles représentent le type de produits le plus consommé par les utilisateurs de cannabidiol. De ce fait, il ne me paraît pas opportun de limiter l’accès à ces produits ou de les interdire. Cela risque non seulement de réduire l’effet de substitution du CBD par rapport au tabac et au cannabis récréatif, mais aussi de favoriser le marché illicite. On pourrait alors craindre une augmentation de l’initiation à d’autres substances psychoactives plus nocives parmi les utilisateurs de CBD. Une aberration en termes de santé publique. Une meilleure solution consisterait à réaliser des tests de qualité pour détecter les contaminants et de taxer les produits à base de CBD en fonction de différents critères. Un niveau de taxation distinct, basé sur la composition du produit et sur le mode de consommation prévu, permettrait d’encourager l’utilisation de formes de cannabis moins nocives. Ainsi, les fleurs de CBD destinées à des tisanes devraient être taxées différemment de celles destinées à être fumées avec du tabac. Bien qu’il soit impossible de savoir si le consommateur final fumera ou vaporisera les fleurs, la vaporisation du cannabis devrait être considérée comme moins nocive, car elle est susceptible de modifier la relation de complémentarité entre la consommation de cannabis et de nicotine. »
Davide Fortin
Doctorant à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne

Lien vers l’étude :

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