Flavonoïdes : la couleur, secret de la longévité ?

Dans les deux précédents numéros de CBD magazine, nous avons traité, tour à tour, les sujets des cannabinoïdes et des terpènes, ces molécules qui participent au système endocannabinoïde de manière synergique. Mais le chanvre regorge d’autres substances bénéfiques, responsables de cette et d’entourage. Parmi elles, les flavonoïdes, qui nous en font voir de toutes les couleurs...

Flavonoïdes  : la couleur, secret de la longévité ?

Le cannabis est autant diabolisé que loué pour ses effets. Sans trop caricaturer, on a, d’un côté, l’idéologie antidrogue, qui ne voit dans cette plante qu’un moyen de visualiser des éléphants roses et de gâcher sa vie à fumer des joints ; de l’autre, les études des scientifiques qui se sont penchés sur d’autres molécules que le THC, et ont mis en lumière les innombrables vertus du chanvre. Les dizaines de cannabinoïdes et de terpènes, que vous, lecteurs, connaissez déjà, sont autant de raisons de voir dans le cannabis une plante nettement plus bénéfique que délétère pour le corps humain, dès lors qu’on la consomme de façon adaptée.

Malheureusement, le côté “antidrogue” l’emporte encore trop souvent, contrariant les études scientifiques et les professionnels du secteur, contraints à la plus grande prudence lorsqu’il s’agit de communiquer sur les vertus de leurs produits. Mais, merci dame Nature, les composés bénéfiques du chanvre existent aussi dans d’autres végétaux que nous consommons au quotidien : fruits, légumes, thés, etc.

flavonoïdes

Régimes à suivre

Après la Seconde Guerre mondiale, les conditions de vie des populations méditerranéennes, notamment des Grecs, ont été largement étudiées. Leur bonne santé ainsi que leur longévité posaient question. Tous ces travaux ont permis d’établir un lien majeur entre l’alimentation et les risques de maladies, en particulier cardiovasculaires. Le régime traditionnel dans ces pays est caractérisé par une consommation abondante de fruits et légumes, céréales, herbes aromatiques et huile d’olive. En revanche, les produits laitiers, les œufs, et encore plus la viande, ne figurent que très occasionnellement au menu. Le fameux « régime crétois ».

régime crétois

Le même constat a été fait à l’autre bout du monde, au Japon, sur l’île d’Okinawa, connue pour héberger le plus grand nombre de centenaires en bonne santé. Étudié, lui aussi, depuis les années 70 par le cardiologue Makoto Suzuki, le régime alimentaire de ces insulaires se rapproche énormément des habitudes méditerranéennes. D’après Sybille Naud, nutritionniste et coauteure du livre Le Régime Okinawa – Les secrets de la longévité, « les centenaires ne se nourrissent pas de produits transformés, mangent peu de viande et de produits laitiers. Ils privilégient les légumes de saison et les poissons gras, des glucides lents – riz, nouilles, patate douce, haricots azukis – et également des protéines végétales comme le tofu, des algues, des épices telles que le curcuma et du thé vert. »

Aujourd’hui, nous le savons, les diététiciens le répètent : tous les aliments de ces régimes traditionnels sont essentiels pour la santé cardiovasculaire, antioxydants, et regorgent de propriétés bénéfiques.

Une vitamine ?

S’il a été constaté que ces aliments sont bienfaisants pour la santé, il s’agit de comprendre les sources de ces propriétés bénéfiques. Les vitamines, les fibres et les minéraux sont connus de longue date et expliquent en partie cela. Mais d’autres substances pourraient avoir un impact au moins aussi important.

Celles-ci ont été découvertes un peu par hasard. D’abord par un chimiste français, Michel-Eugène Chevreul, directeur de la manufacture des Gobelins, qui était à la recherche de couleurs stables pour ses teintures. En 1814, il parvient à isoler un colorant jaune d’une plante, la gaude. Celui-ci est de la lutéoline, un flavonoïde. Cependant, ses recherches n’iront pas plus loin, notamment en ce qui concerne l’impact de cette molécule dans le corps humain.

 
Dans sa quête d’un colorant jaune stable, Michel-Eugène Chevreul a isolé la lutéoline de la gaude.

Puis, en 1936, Albert Szent-Gyorgyi, scientifique hongrois (prix Nobel de physiologie et médecine en 1937), tente de traiter les problèmes de fragilité capillaire d’un patient. Pour ce faire, il isole du citron un facteur qui a la capacité d’augmenter la résistance des cheveux en limitant leur perméabilité : la citrine. Pensant qu’il a affaire à une vitamine, il la nomme « vitamine P » (pour perméabilité). Quelques années plus tard, les études sur cette « vitamine » démontrent qu’elle n’en est pas une, puisque sa carence ne cause aucun symptôme : il s’agit en réalité d’un « bioflavonoïde » !

C’est ainsi qu’est né le terme « flavonoïde ». Ce mot proviendrait de flavedo, utilisé pour désigner la couche externe des écorces d’orange. Il est dérivé du latin flavus (jaune) et du grec eidos (aspect), ce qui prend du sens quand on connaît l’histoire de leur découverte.

 
Albert Szent-Gyorgyi, premier scientifique à avoir utilisé un flavonoïde pour soigner un patient.

 

Un peu de chimie

Les flavonoïdes sont des métabolites secondaires des plantes vasculaires (qui disposent de racines et de vaisseaux conducteurs). Si, contrairement aux métabolites primaires, ils ne participent pas directement à la croissance et au développement de la plante, ils remplissent des tâches bénéfiques et variées. Ainsi, à l’instar des terpènes, ils attirent les insectes pollinisateurs ou, à l’inverse, occupent des fonctions de défense comme repousser la faune qui leur est néfaste ou protéger le végétal des rayons UV. Ils sont en partie responsables de la couleur (pigments), de l’odeur et du goût des végétaux. Certains jouent aussi un rôle de phytoalexines, c’est-à-dire de métabolites synthétisés en grande quantité pour contrer une infection (champignons, bactéries…). Ils peuvent être localisés dans tous les organes de la plante, racines, fleurs, tiges, écorces, pollens, etc., même si certains sont spécifiques à des tissus particuliers.

Les flavonoïdes forment une classe de composés phénoliques (ou polyphénols) : il s’agit de molécules caractérisées par la présence d’au moins deux groupes phénoliques (noyau aromatique) liés à un ou plusieurs groupements hydroxyles (qui comportent un atome d’oxygène et un atome d’hydrogène liés). Dans la plante, ils se trouvent à la fois sous forme libre et de glycosides. Ils sont classifiés comme des phyto-œstrogènes, et peuvent ainsi avoir des effets néfastes sur l’activité testiculaire de leurs prédateurs.

Du point de vue de leur structure chimique, les flavonoïdes peuvent être répartis en une quinzaine de familles de composés. Les plus importantes sont les flavones, les flavonols, les flavanonnes, les flavannonols, les isoflavones, les isof lavannones, les chalcones, les aurones, et les anthocyanes.

Aujourd’hui, environ 8 000 flavonoïdes auraient été identifiés par les chimistes, mais seule une poignée d’entre eux se retrouvent dans nos compléments alimentaires.

 
Bien avant que Michel-Eugène Chevreul n’isole la citrine, Robert Boyle, physicien et chimiste irlandais, avait décrit lui aussi sans le savoir, le premier flavonoïde. En 1663, il utilise des décoctions de plantes, en l’occurrence la violette, comme indicateur coloré pour mettre en évidence le caractère acide d’une solution.
  

 

Dans nos assiettes

Certains aliments sont particulièrement riches en flavonoïdes. On peut citer le thé vert (et, dans une moindre mesure, les thés noir et blanc), le café, l’huile d’olive (pressée à froid), les fruits rouges, l’ail, le cacao, nombre de légumes verts (brocolis, épinards…), les oignons, etc. Ainsi, si l’on suit la recommandation « 5 fruits et légumes par jour » du Programme national nutrition santé, on ingère quotidiennement entre 150 et 300 mg de flavonoïdes. Cet écart s’explique par le fait que la quantité présente dans un végétal varie en fonction du mode de récolte, de la préparation, et que l’absorption des flavonoïdes par l’intestin n’est pas la même pour tous les consommateurs.

Les principaux flavonoïdes sont :

Les catéchines (épicatéchine, épigallocatéchine, épicatéchine gallate et épigallocatéchine gallate) : particulièrement présentes dans les feuilles de thé, dans des fruits comme le raisin et la pomme, dans le cacao ainsi que leurs produits transformés comme le chocolat et le vin. Elles ont été le sujet de milliers d’articles scientifiques concernant leurs propriétés antioxydantes, et certaines études montrent que leur présence peut limiter les dommages et retarder l’apparition de certaines maladies cardiovasculaires et de cancers.

La rutine : on la retrouve en quantité dans les olives, le sarrasin, les asperges, le persil, la myrtille, les feuilles de ginkgo et, en particulier, dans les bourgeons de l’arbre à miel (Sophora du Japon). La
rutine a fait l’objet de relativement peu de recherches, surtout sur l’homme. Ainsi, ses effets supposés antioxydants et bénéfiques sur l’insuffisance veinolymphatique, les maladies cardiovasculaires nécessitent encore des études.

La quercétine : dérivé naturel de la rutine, elle en est chimiquement très proche, et on la retrouve globalement dans les mêmes végétaux. Trop peu de preuves scientifiques autorisent à valider ses prétendus effets bénéfiques. Pourtant, certaines expériences peuvent laisser penser que la quercétine permettrait de combattre l’hypertension, et qu’elle aurait des effets antioxydants auprès de patients souffrant de sarcoïdose.

Le kaempférol : lui aussi est présent dans la plupart des aliments suscités, mais aussi dans l’aloe vera, les haricots, les fraises, les câpres… Les quelques études le concernant pourraient démontrer qu’il se révèle ostéoprotecteur, anti-inflammatoire, permettrait de lutter contre les maladies neurodégénératives ou encore l’hyperplasie prostatique bénigne.

Parmi ces quatre flavonoïdes, tous appartiennent à la famille des flavonols, excepté les catéchines, qui font partie des flavanols.

 

Les flavonoïdes du chanvre

Si l’on écrit un article sur les flavonoïdes dans CBD magazine, c’est bien évidemment parce que le cannabis en produit. Et pas seulement parce qu’ils lui donnent une jolie couleur, une bonne odeur et un
goût agréable, mais surtout parce que ces substances participent considérablement à l’effet d’entourage… Le célèbre « 1 + 1 = 3 », qui voit la relation synergique entre cannabinoïdes, terpènes et flavonoïdes multiplier les effets du chanvre.

On estime qu’il y aurait une vingtaine de flavonoïdes différents dans le cannabis, toutes variétés confondues, dont les quatre présentés plus haut. La plante, comme on l’a vu, les génère pour se défendre contre les agressions extérieures et attirer les bons insectes. Mais ils permettent aussi au pied de chanvre de reconnaître la photopériode en fonction des différentes longueurs d’onde de la lumière ou d’entrer en symbiose avec les champignons au niveau racinaire (mycorhize).

flavonoïdes

Les flavonoïdes sont donc en grande partie responsables de la coloration des fleurs de chanvre. Par exemple, celles qui présentent une couleur violette, comme les myrtilles, sont riches en anthocyanine. Les flavonoïdes peuvent apporter nombre de couleurs au cannabis, excepté le vert, chasse-gardée de la chlorophylle. Mais ils sont aussi capables de conférer des saveurs qui ne nous sont pas inconnues. La tangéritine, que l’on trouve également dans l’écorce de mandarine, offre aux fleurs un arôme de mandarine !

Si le cannabis n’est pas en capacité de produire tous les flavonoïdes du monde, il peut en revanche en synthétiser plusieurs dont il a l’exclusivité. Trois, pour le moment, ont été identifiés : les cannflavines A, B et C. Les deux premiers sont, depuis le milieu des années 80, connus des scientifiques, qui déclaraient alors que ces flavonoïdes étaient 30 fois plus efficaces que l’acide acétylssalicylique (aspirine) dans le traitement de la douleur et de l’inflammation ! Quant au troisième, il a été repéré lors d’une étude menée en 2008 : « Les chercheurs ont isolé plusieurs nouveaux constituants non cannabinoïdes du Cannabis sativa L., également connu sous le nom de chanvre, ce qui a permis de découvrir la cannflavine C. Ce composé semble également posséder une activité anti-lishmanienne modérée ainsi qu’une forte activité antioxydante. »

À cause des législations prohibitives, les études sur ces molécules exclusives au cannabis ont dû être arrêtées, mais ont récemment repris au Canada grâce à l’évolution positive de la loi. Les chercheurs de l’Université de Guelph ont utilisé les techniques modernes d’analyse biochimique afin de repérer les gènes responsables de la formation de ces deux cannflavines. Grâce à cela, ils espèrent pouvoir, bientôt, les synthétiser à grande échelle et disposer ainsi de molécules particulièrement efficaces contre la douleur, sans les effets secondaires indésirables des traitements actuels.


« Les flavones permettent de faire chuter de 38% le risques de déclin des fonctions cérébrales »


Pr. Walter Willett (Université d’Harvard)
American Academy of Neurology Journal

 

Portes ouvertes

Les pays favorables à l’utilisation de cannabis dans le cadre médical sont de plus en plus nombreux. La France elle-même, pourtant particulièrement frileuse sur le sujet, est en phase d’expérimentation depuis plus d’un an. Grâce à ces évolutions législatives, certains scientifiques peuvent enfin librement étudier les centaines de molécules, aussi inconnues que prometteuses, présentes dans le chanvre, parmi lesquelles les flavonoïdes. Il reste néanmoins beaucoup de chemin à parcourir et de nombreuses preuves à apporter pour confirmer leur efficacité, comme le démontrent les décisions des autorités de santé européennes (EFSA et Commission européenne) qui empêchent quasiment toute forme d’allégation thérapeutique à l’égard de ces molécules (voir encadré ci-dessous).

Heureusement, ces interdictions ne touchent pas les abeilles, dont la propolis contient d’importantes quantités de flavonoïdes (chrysine, quercétine, galangine…), qu’elles utilisent instinctivement pour leurs propriétés antifongiques, antiseptiques et antibactériennes afin d’aseptiser leur ruche…

abeilles

 

efsa

Depuis 2012, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et la CE estiment que l’on ne peut pas prétendre que les flavonoïdes :
• protègent les cellules et les organes des radicaux libres (effet antioxydant) ;
• protègent la peau des effets délétères du vieillissement ;
• maintiennent la souplesse, l’hydratation ou le bon état de la peau ;
• contribuent au fonctionnement du système immunitaire ;
• aident à contrôler son poids ;
• participent à la santé du cœur et des vaisseaux sanguins ;
• contribuent à maintenir des taux sanguins de cholestérol normaux ;
• contribuent à maintenir une glycémie (taux sanguin de sucre) normale, en particulier après les repas.

 

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