Et si on roulait au chanvre ?

Si l’idée peut paraître saugrenue pour certains, elle n’est pas nouvelle. En effet, en pleine guerre mondiale, Henry Ford, avait déjà conçu une « Hemp mobile ».

Et si on roulait au chanvre ?

C’est en 1941, soit il y a tout juste quatre-vingts ans et en pleine guerre mondiale, que Henry Ford présente pour la toute première fois la « Hemp Body Car » (aussi connue sous l’appellation « Soybean Car ») lors du festival « Dearborn Days », dans le Michigan. Sa carrosserie en plastique d’origine végétale et sa propulsion alimentée par de l’éthanol de chanvre en font un prototype révolutionnaire.

Une origine discutée

En raison du contexte historique, et de la personnalité clivante de Henry Ford, les informations ayant réussi à parvenir jusqu’à nous sont un peu floues et, parfois même, contradictoires. À l’époque, le New York Times affirmait ainsi que la carrosserie de la voiture avait été fabriquée à partir de graines de soja, de blé et de maïs. Un autre article suggérait qu’elle était composée de graines de soja, de blé, de chanvre, de lin et de ramie. L’un des personnages-clés ayant contribué à sa conception, Lowell E. Overly, prétendait pour sa part qu’il s’agissait de « fibres de soja dans une résine phénolique avec du formaldéhyde utilisé dans l’imprégnation ». Les plus critiques sont même allés jusqu’à dire que la Hemp Body Car n’était pas du tout composée de matière végétale, mais de plastique phénolique, un extrait de goudron de houille. Un autre journal se montrait encore moins tendre. Selon cette source, toutes les recherches de Ford n’avaient rien donné de mieux que de la crème fouettée !
Ce dont on est sûr, c’est que le châssis de cette automobile était constitué d’acier tubulaire, sur lequel étaient fixés quatorze panneaux de plastique de 6 mm d’épaisseur, tandis que les fenêtres étaient faites de feuilles d’acrylique, et qu’elle avait bel et bien été conçue pour rouler à l’éthanol de chanvre.

À droite, Henry Ford, accompagné de Bob Boyer, chimiste spécialisé dans la fabrication de plastique d’origine végétale.

En avance sur son temps

Soyons réalistes, la motivation de Henry Ford n’avait certainement rien d’écologique. En fait, l’entrepreneur était surtout animé par la volonté de réunir l’industrie et l’agriculture, afin d’être capable, d’après ses propres mots, de « faire pousser des voitures à partir du sol ». Il semble que l’idée était aussi de proposer une solution permettant de se prémunir contre le rationnement de l’acier pendant la Seconde Guerre mondiale.
Enfin, le Henry Ford Museum avance une troisième raison : Ford était persuadé que son plastique rendait les véhicules plus sûrs que les voitures en métal classiques.
Ford a d’abord confié la fabrication de cette automobile à son bureau d’études, en la personne d’Eugene Turenne Gregorie, designer automobile. Mais, n’étant pas satisfait du projet proposé, il le confie rapidement au Soybean Laboratory de Greenfield Village. Lowell E. Overly, le responsable de ce laboratoire, qui avait une expérience dans la conception d’outils et de matrices, mène à bien le projet. Le prototype terminé est exposé en 1941 au festival « Dearborn Days » puis au Michigan State Fair Grounds la même année.

Un projet oublié

La Hemp Mobile aura été l’occasion d’assister à des démonstrations impressionnantes. L’une des plus connues consistait à taper violemment sur sa carrosserie, avec une masse, pour démontrer sa résistance exceptionnelle. L’emploi de matière plastique rendait aussi la voiture 25 % plus légère qu’un modèle classique, ce qui, avec son carburant à base de chanvre, en faisait un véhicule particulièrement économique. Cependant, avec la fin de la guerre et la nouvelle puissance de l’industrie métallurgique, l’idée de la voiture en plastique tomba dans l’oubli. Selon Overly, le prototype fut détruit par Gregorie.

Le chanvre dans l’auto d’aujourd’hui

Aujourd’hui, le chanvre pourrait bien susciter un regain d’intérêt dans le secteur automobile, avec les mêmes ingrédients qui avaient semblé séduire Henry Ford il y a quatre-vingts ans. Ne serait-ce que pour la construction de la carrosserie tout d’abord, avec les progrès réalisés dans le domaine du chanvre industriel, mais également pour la production du carburant car les extraordinaires caractéristiques du chanvre en font un candidat idéal pour le raffinement en biocarburant, qu’il s’agisse d’éthanol ou de biodiesel.

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