Le système endocannabinoïde

De nombreux scientifiques ont étudié les cannabinoïdes et leurs effets sur la santé. Si ces recherches n’en sont souvent qu’à leurs débuts et ne permettent pas encore d’avoir des certitudes, elles sont pourtant à l’origine d’une grande découverte.

Le système endocannabinoïde

Depuis la nuit des temps, le cannabis est utilisé comme plante médicinale. Néanmoins, les cannabinoïdes divisent toujours, que ce soit du point de vue législatif, scientifique, médical… La question de leur impact sur le corps et la santé fait débat, et le discours des professionnels est scruté à la loupe afin d’éviter tout dérapage. Pourtant, c‘est en les étudiant pendant des décennies que des chercheurs ont réussi à mettre en évidence l’existence d’un réseau de communication interne fondamental présent chez tous les mammifères : le système endocannabinoïde (SEC).

 

L’homéostasie, la stabilité retrouvée

Le corps humain est composé de dizaines de milliers de milliards de cellules de différents types. En perpétuel renouvellement, elles sont à l’origine de la formation de notre organisme et occupent d’innombrables fonctions vitales. Chaque cellule possède un système complexe de contrôle qui lui permet de coordonner ces activités. De plus, elles communiquent toutes entre elles afin de maintenir cet équilibre global, et de réagir en cas d’anomalie (faim, froid, stress…). C’est ce qui explique que nous n’avons pas besoin d’alarme pour penser à nous nourrir : dès que notre niveau de sucre est bas, des cellules se chargent de nous faire gargouiller l’estomac.

Structure d’une cellule animale

Elles utilisent pour cela un immense réseau composé de transmetteurs, de récepteurs et d’enzymes. Cet équilibre complexe entre les différentes fonctions biologiques a été nommé et défini dans les années 1920 par Walter Cannon. S’appuyant sur les travaux antérieurs de Claude Bernard, le physiologiste américain a étudié ce phénomène et l’a baptisé « homéostasie » (mélange de racines grecques signifiant « similaire » et « stabilité »).

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Des enzymes productives

__En cas de déséquilibre fonctionnel dans notre système, nos cellules reçoivent donc des informations sur ses causes. En situation de stress, par exemple, les neurones génèrent un flux anormal d’ions de calcium. Ceux-ci vont pénétrer les cellules, par des récepteurs spécifiques. Face à cet afflux qui indique une perturbation de notre système, elles vont réagir afin de rétablir l’équilibre global de notre organisme. En l’occurrence, faire baisser le stress.

__À cette fin, elles disposent d’enzymes biosynthétiques, c’est-à-dire qu’elles ont la capacité de fabriquer des messagers chimiques qui seront ensuite distribués dans les zones de l’organisme touchées par les dérangements détectés. Dans cet article, nous nous concentrerons sur deux enzymes biosynthétiques : la N-Acyl PhosphatidylÉthanolamine PhosphoLipase D (NAPE-PLD) et la DiAcylGlycérol Lipase (DAGL).

 

Des endocannabinoïdes à la demande

__Les cannabinoïdes sont des principes actifs présents dans la plante de cannabis. Mais le chanvre n’a pas le monopole de leur production : le corps humain, lui aussi, en fabrique. Il s’agit alors d’endocannabinoïdes. Au nombre de deux, l’anandamide (AEA) et le 2-arachidonylglycérol (2-AG), notre organisme les produit de la même façon : grâce aux deux enzymes biosynthétiques présentées ci-avant. Ainsi, la NAPE-PLD se charge de l’AEA quand la DAGL s’occupe du 2-AG.

__Comme nous l’avons vu, ces enzymes ne lancent leurs productions qu’en cas de déséquilibre repéré par les cellules. Les endocannabinoïdes sont donc fabriqués « à la demande », pour occuper une fonction de régulation bien précise, à un moment bien précis. Quand elle est activée par son enzyme, l’AEA déclenche une cascade de changements cellulaires, régulant ainsi diverses fonctions physiologiques comme l’appétit, la perception de la douleur, la fertilité et surtout l’humeur. C‘est d’ailleurs pour cette dernière raison que ce transmetteur porte le nom « d’anandamide » (ananda signifie « béatitude » en sanskrit, NDLR).

__Le 2-AG, bien plus répandu dans notre organisme que l’AEA – notamment au niveau du cerveau où ses niveaux sont 170 fois supérieurs – joue quant à lui un rôle majeur dans la régulation de la fonction immunitaire.

 

CB1 et CB2, des serrures à ouvrir

__Ces endocannabinoïdes, une fois produits par leur enzyme, se dirigent vers les cellules à réguler. Vis-à-vis de ces-dernières, ils ont la capacité de se comporter comme des neurotransmetteurs. Ainsi, l’AEA et le 2-AG vont se lier à deux récepteurs situés sur la surface des cellules : le CB1 et le CB2.

__Ceux-ci sont comparables à des serrures, qu’un ou des transmetteurs clefs (ligands) permettent d’ouvrir, provoquant alors un signal spécifique. On trouve le CB1 essentiellement à la surface des cellules du cerveau et des terminaisons nerveuses, alors que le CB2 est surtout présent sur celles du système immunitaire, dans les organes périphériques. Tout comme les endocannabinoïdes, ces deux récepteurs se distinguent par leurs différences fonctionnelles spécifiques.

__Ainsi, l’anandamide ne se lie quasiment qu’au CB1 alors que le 2-AG est le ligand endogène principal des deux récepteurs. À noter que plusieurs autres récepteurs cannabinoïdes ont été découverts (TRVPx, GPRxxx), laissant encore une bonne quantité de pain sur la planche des scientifiques…

 

Enzymes cataboliques, retour à la case départ

__Après avoir été produits à la demande et rempli leur mission de régulation, permettant ainsi à l’organisme d’atteindre l’état homéostatique, les endocannabinoïdes sont désactivés. Tout de suite après. Pour ce faire, le corps utilise la même méthode que pour les fabriquer : les cellules sollicitent des enzymes, cataboliques cette fois. L’anandamide est dégradée par la Fatty Acid Amide Hydrolase (FAAH), et le 2-AG par la MonoAcylGlycérol Lipase (MAGL).

__Ces endocannabinoïdes adaptatifs ont donc, d’un côté, l‘avantage d’occuper d’importantes fonctions régulatrices, et de l’autre, l’inconvénient d‘être détruits très rapidement.

 

Phytocannabinoïdes, à chacun ses propriétés

__Les phytocannabinoïdes sont les cannabinoïdes produits naturellement par la plante de chanvre. Il en existe plusieurs dizaines, environ 70 actuellement identifiés. Certains sont considérés comme majeurs, et d’autres, mineurs. Les plus connus sont le THC, le CBD et le CBN, puisque ce sont les premiers à avoir été isolés, et leur stéréochimie identifiée. En effet, ils ont été étudiés dans les années 1940 par Roger Adams, puis depuis les années 60 par le « pape du cannabis », le Pr Raphaël Mechoulam. Ce dernier est à l’origine des principales découvertes sur les cannabinoïdes et leurs différentes fonctions.

Raphaël Mechoulam, le « pape du cannabis »

__À l’état naturel, les phytocannabinoïdes sont majoritairement sous leur forme acide (Δ9-THCA, CBDA, CBGA…) et sont alors non-actifs. Ils ne deviennent des principes actifs (Δ9-THC, CBD, CBG…) qu’après que la plante ait été séchée et chauffée. Ce processus de conversion des phytocannabinoïdes s’appelle la décarboxylation. Produits par les trichomes du végétal, chacun d’entre eux possède des caractéristiques qui lui sont propres. Ainsi, le THC (Δ9-THC) est connu pour être le responsable de l’effet psychotrope du cannabis. Il pénètre les cellules quasi-exclusivement par le récepteur CB1. Le CBD, en revanche, n’est ni psychotrope (à l’instar de tous les cannabinoïdes, hors-THC), ni en capacité de se lier aux récepteurs CB. Son action se situe ailleurs : sur les enzymes.

Trichomes sur la plante de chanvre

__En effet, comme stipulé ci-avant, les endocannabinoïdes ne sont produits qu’à la demande, et dégradés très rapidement une fois leur mission remplie. Dommage, lorsque l’on veut profiter de leurs vertus régulatrices sur le long terme. C’est là que le CBD intervient, puisqu’il possède l’énorme avantage d‘inhiber la FAAH, l’empêchant de détruire l‘anandamide. Vis-à-vis du 2-AG, plutôt que d’empêcher sa destruction en bloquant la MAGL, il favorise l’enzyme biosynthétique responsable de sa production (DAGL). C’est pour cela que l’on lit souvent que le CBD n’agit pas directement sur les maux, mais sur leurs causes. En résumé, il prolonge l’état d’homéostasie généré par d’autres cannabinoïdes. En outre, il possède aussi une capacité d’opposition sur l’action du THC sur le récepteur CB1, diminuant ainsi ses effets psychoactifs.

__Ainsi, si certains phytocannabinoïdes ont le même mode de fonctionnement que les endocannabinoïdes, en agissant directement sur les cellules via leurs récepteurs, d’autres ont une action indirecte permettant de prolonger l’homéostasie.

 

Effet d’entourage, plus on est de fous…

__Ces premières découvertes sur le système endocannabinoïde ont servi de base pour une multitude d’autres études. Ainsi, en 1998, Shimon Ben Shabat publie un article présentant ses études au sujet de l’affinité de liaison du 2-AG pour les récepteurs CB1 et CB2. Il s’est aperçu que celle-ci est renforcée par la présence d’autres composés endogènes ne faisant pas partie des cannabinoïdes. C’est dans cette publication qu’est alors employé pour la première fois le terme « d’effet d’entourage ».

__Cette nouvelle théorie a, par la suite, alimenté d’autres recherches sur la composition chimique de la plante de cannabis et sur ses effets. Elles ont confirmé l’effet d’entourage introduit par le Pr Ben Shabat, en mettant en lumière qu’à l’instar des endocannabinoïdes, les phytocannabinoïdes n’agissent pas de manière isolée. Ainsi, les effets du THC et du CBD, par exemple, sont influencés par des dizaines d’autres molécules : terpènes aromatiques, flavonoïdes et cannabinoïdes mineurs. Chacun de ses composés possède des propriétés qui lui sont propres. Mais, lorsqu’ils sont utilisés conjointement, ils créent ce fameux effet d’entourage : l’impact des principes actifs combinés est supérieur à celui qu’ils produisent isolément.

__Pour pouvoir bénéficier de cet effet d’entourage, il faut bien évidemment consommer des produits qui contiennent plusieurs de ces principes actifs. C’est le cas quand on consomme la plante, séchée et non transformée. En revanche, ça ne l’est pas toujours quand on utilise des extraits de cannabinoïdes (huiles, crèmes, e-liquides…). On peut en effet distinguer trois types de produits : full spectrum (spectre complet), broad spectrum (spectre large) et isolat. Seuls les deux premiers impliquent la présence de tous (ou presque) les principes actifs de la plante. Ils permettent donc de profiter de l’effet d’entourage, contrairement à l’isolat qui, comme son nom l’indique, n’est composé qu’une d’une seule molécule active.

 

 

Une action vertueuse

__Si le système endocannabinoïde est très complexe et recèle encore de nombreux mystères, les principes actifs présents dans le cannabis ont permis de grandes avancées sur l’étude de son fonctionnement et de ses implications. Régulateur général des fonctions physiologiques, il a la capacité de produire des cannabinoïdes à la demande afin de remplir cette mission fondamentale pour le bien-être et la bonne santé de tous les mammifères. Mais il a aussi été constaté que certains composés du cannabis favoriseraient grandement son action vertueuse sur l’organisme, parmi lesquels des phytocannabinoïdes (CBD, CBN, CBG etc.), des terpènes aromatiques, des flavonoïdes… Ainsi, si l’on ne peut pas dire que les cannabinoïdes vendus dans les commerces soignent les consommateurs, on peut en revanche avancer qu’ils ont une action pro-homéostatique particulièrement bénéfique.

 

Lexique

Endogène : Qualifie tout ce qui émane de l’organisme

Exogène : Qualifie tout ce qui provient de l’extérieur de l’organisme

Endocannabinoïde : Cannabinoïde produit naturellement par l’organisme

Phytocannabinoïde : Cannabinoïde végétal provenant du cannabis

Ligand : Molécule qui se lie à un récepteur spécifique et qui joue un rôle fonctionnel

Neurotransmetteur : Molécule qui assure la transmission des messages entre les cellules

Enzyme : Protéine accélérant les réactions chimiques de l’organisme

Biosynthèse : Production d’une substance organique par l’organisme

Catabolisme : Dégradation d’une substance organique par l’organisme

 

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