Cédric Baudouin, CBDVap

Que les choses soient claires, le CBD n’est pas un médicament. Pourtant, certains malades atteints de pathologies handicapantes et douloureuses ont trouvé dans cette molécule la solution ultime pour soulager leurs maux et vivre décemment sans passer par des traitements médicamenteux aux effets « très » indésirables. C’est le cas de Cédric Baudouin, directeur commercial chez CBDVap. Devenu expert en matière de cannabidiol, il ne mâche pas ses mots et milite avec passion pour que les consommateurs puissent avoir accès à des produits de qualité.

Ton activité actuelle au sein de CBDVap est intimement liée à ton parcours personnel. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Cédric Baudouin : C’est exactement ça, une maladie me tombe dessus, une maladie génétique : la spondylarthrite. Pour faire court, j’ai suivi différents traitements, j’ai passé deux et demi à être malade avant de savoir ce que j’avais réellement. Je suis devenu un vrai rat de laboratoire, on m’a fait tester plein de médicaments. Ensuite, j’ai eu droit à l’opium, à la morphine, mon corps était en train de se détruire. Et puis il y a eu le ras-le-bol. J’ai pris ma canne et mon passeport, et je suis allé en Asie pour trouver d’autres solutions. Ce n’était pas spécialement pour partir à la découverte du CBD, mais pour avoir la possibilité de me traiter différemment. J’ai essayé plein de choses… jusqu’à la découverte du cannabidiol, dans le nord de la Thaïlande. À partir de là, j’ai passé une année sabbatique complète sans aucune douleur grâce à cette huile. À mon retour, j’ai ressenti le besoin de raconter ce parcours, de le partager avec mes « spondypotes », tous ceux qui ont la même maladie que moi.

C’est donc comme ça que tu as commencé à tester des produits au CBD…

Tout est venu de là. Il y avait un boom du cannabidiol à l’étranger. Après avoir découvert mon récit, des marques m’ont envoyé leurs produits. J’ai testé plus de 52 marques de CBD sur ma pathologie. Et ainsi, j’ai pu distinguer ce qui fonctionnait de ce qui ne marchait pas. Petit à petit, j’ai fait mes armes comme ça. Ce qui m’importait, c’était de rester indépendant, de faire ces tests par moi-même, sans le soutien de sponsors… Bref, l’impartialité. Si c’était de la merde, je voulais avoir la liberté de pouvoir le dire. Quand il y a eu le boom du CBD en France, j’avais déjà testé tellement de marques que je savais lesquelles étaient efficaces. Lorsque les boutiques spécialisées ont commencé à apparaître sur le marché, je me suis dit qu’il était important que les gens dans ma situation, s’ils entrent dans un shop, n’en ressortent pas en se disant « ben, ça ne marche pas sur moi, je vais retourner dans la médicamentation ». Mon but, c’était qu’il y ait de la qualité partout.

Et donc, c’est à ce moment-là qu’intervient CBDVap…

Oui, parmi tous les produits que j’avais testés, que ce soit en termes de qualité, d’éthique, de façon de faire, ils étaient au top. J’ai contacté moi-même Nicolas (Viterbe, NDLR), le dirigeant, pour le convaincre que ses produits pouvaient être vendus dans les magasins ; il m’a fait confiance et, à partir de là, je ne me suis plus jamais arrêté. On est allés en Pologne, en Italie, en Espagne… Nicolas, c’est un précurseur, animé par l’éthique. C’est un cuisinier avant tout, il va au bout de ses recettes, il sait de quoi il parle. Il a commencé en 2018 avec la vape au CBD. Dans la foulée, il a intégré les huiles, et c’est là que nos chemins se sont croisés.

Comment tu définirais un produit au CBD de qualité ?

C’est avant tout une question de matière première utilisée. Il faut distinguer « isolate » et « sans isolate »… Par exemple, chez nous, on a du CBD large spectre alors que beaucoup de produits disponibles sur le marché sont faits avec de l’isolate, c’est-à-dire de la poudre de CBD, ce qu’on appelle des cristaux. Sur le salon, on avait également mis en bas dans notre vitrine un bloc de « distillate », ça ressemblait à une espèce de rocher. Si tu compares ça avec de la poudre de CBD, ça n’a rien à voir, on ne parle pas de la même matière première… C’est comme si tu comparais un vin où tu as toute la chair du raisin et un autre qui ne serait fait qu’avec la peau du fruit.

D’un point de vue technique, comment est-ce que vous procédez ? Qu’est-ce qui fait que votre huile est unique ? Et d’où vient le CBD que vous utilisez ?

Ce qui rend nos huiles et, plus largement, nos produits uniques est directement lié à nos méthodes d’extraction. Nous marions deux extractions mécaniques et une autre au CO2 supercritique pour obtenir nos bases. Cela permet de conserver l’ensemble du spectre de la plante, c’est-à-dire l’ensemble des composants de notre biomasse de chanvre (terpènes, cannabinoïdes, flavonoïdes, etc.), hormis le tissu végétal ; c’est pour cela que notre huile spectre complet est sombre et goûteuse, c’est un pur concentré de chanvre. Grâce à ce procédé, nos produits bénéficient de ce que l’on appelle couramment « l’effet entourage », c’est-à-dire un effet amélioré, lié à la symbiose des différentes molécules présentes dans la plante de chanvre. Sans entrer dans un niveau de détail très tech nique, ce process de fabrication, en jouant sur la taille des molécules, nous permet également d’obtenir des produits avec une qualité d’assimilation supérieure à celle des huiles proposées sur le marché. Ce sont ces différentes étapes complexes qui rendent nos huiles uniques sur le marché, notamment nos produits à spectre complet. D’ailleurs, l’appellation « Full Spectrum » est malheureusement très souvent détournée par du marketing trompeur, une huile spectre complet ne pouvant pas être transparente comme on le voit trop fréquemment sur le marché. En termes d’approvisionnement en biomasse de chanvre, nous nous fournissons en Europe et nous espérons (avec les réglementations à venir) pouvoir travailler majoritairement avec du chanvre français dans les prochains mois.

Pour en venir à CBDVap, est-ce que tu pourrais présenter l’entreprise ?

En ce qui me concerne, j’ai été le premier embauché, en tant que directeur commercial. Ensuite, depuis le procès Kanavape, on a explosé en termes d’effectifs : on est passé de trois employés à une dizaine en à peine six mois. Mais ça, c’est le fruit d’un long travail, il a fallu rencontrer chaque interlocuteur pour le convaincre de la qualité de nos produits. Ce qui est marquant, c’est que nos clients restent fidèles à la marque CBDVap. Il faut savoir qu’on fabrique également en marque blanche ; à l’heure actuelle, il y a 32 franchises qui travaillent avec nous et qui savent qu’on bosse avec l’envie, la passion.

La qualité étant le critère numéro un, comment le consommateur peut-il faire la différence ? De quels outils dispose-t-il pour savoir s’il a affaire à un bon produit ?

C’est compliqué… Il faut qu’il fouine, qu’il se renseigne, qu’il demande des analyses faites en France et issues d’un vrai laboratoire. Il y a trop de méconnaissance, trop de désinformation sur les réseaux, sur internet. D’où l’importance de former les vendeurs. En ce qui me concerne, j’essaie d’accompagner mes clients au mieux, ce qui leur permet de pérenniser leur activité sur le long terme.

Qu’est-ce que tu penses de l’évolution de la législation par rapport à la fleur et du retour de la commission européenne sur le sujet ?

Il n’est pas évident de se prononcer sur ce sujet car, pour différentes raisons, nous avons fait le choix de ne pas proposer de fleurs à la vente. Dans la mesure où cela peut impacter nos partenaires, nous préférons bien entendu que ce produit puisse rester légalement disponible à la vente, même si nous nous interrogeons sur la qualité de certaines fleurs vendues en France. Actuellement, on voit de tout sur le marché du cannabidiol, ça va des cosmétiques aux bonbons… Est-ce que tu crois à une régulation plus stricte du CBD dans les années à venir ? Il le faut parce que sinon, c’est l’industrie pharmaceutique qui va s’emparer du marché et fournir du CBD synthétique. Le combat est loin d’être terminé. En ce qui nous concerne, chez CBDVap, on est déjà protégés. En gros, si la Mildeca dit que le CBD ne peut être distribué que par ceux qui ont l’agrément « novel food », on sera en mesure de poursuivre notre activité en toute légalité. Tout ça, Nicolas l’a anticipé. On est également membres EIHA (European Industrial Hemp Association, NDLR), il s’agit du plus gros consortium «novel food » sur le CBD. En fait, tous ceux qui auront fait les choses bien pourront pérenniser leur entreprise.

Quel est ton sentiment sur la première édition du CBD Expo ?

J’ai fini complètement vidé. J’ai été débordé du début jusqu’à la fin, tout au long des trois jours. J’ai rencontré beaucoup de mes clients avec qui j’échange le plus souvent par téléphone. J’ai eu droit à des remerciements. D’autres marques, que je ne citerai pas, sont venues me féliciter pour mon travail et mon parcours. J’ai apprécié, même si je ne cherchais pas de médaille. Et puis, j’ai également été très touché par votre venue sur le stand. Au niveau des ventes, comment ça se répartit chez CBDVap ? Depuis le début, ce sont les huiles qui marchent le mieux. On s’en est fait une spécialité, avec des recettes uniques sur le marché européen, notamment l’huile CBG « Full Spectrum » et l’huile CBN « Full Spectrum ». Il y a aussi les gélules ; tout ce qui se rapporte au bien-être en fait. Ce qui est important chez nous également, c’est que, si on reçoit un avis négatif via Shopping Satisfaction, il reste, il est non modifiable. Nicolas a pris ce risque et ça paye aujourd’hui : on a plus de 900 avis positifs, qu’il s’agisse de professionnels ou de particuliers. On est reconnu parce qu’on fait les choses différemment. Moi, je ne suis pas un commercial, je suis un combattant. Souffrir, je sais ce que c’est, et il y a encore beaucoup de gens à aider.

À Berlin, un ticket pour la détente

« En voilà une idée qu’elle est bonne ! » aurait dit Coluche. À l’approche des fêtes de fin d’année, la Berliner Verkehrsbetriebe (BVG), l’entreprise de transports publics berlinoise qui gère le réseau de métro, de tramway et de bus de la capitale, a pris le parti de surfer sur la vague du cannabis en proposant à ses usagers un remède au stress d’un genre tout à fait particulier… Le spot commence par dépeindre une métropole bruyante, agitée, où « chaque jour, des millions de Berlinois veulent aller d’un point A à un point B ». Le tout sur fond de « shitty flute », assénée par des gamines à l’arrière d’une voiture tandis que le père de famille, au volant, tente d’avancer dans les embouteillages de la capitale. Autre scène urbaine : ce pauvre monsieur encombré d’un sapin de Noël, qui s’enfonce péniblement dans la rame de métro avant que les portes ne se referment sur son volumineux achat, le sectionnant net… Que d’agitation, en effet. Zen, soyons zen.

Puis, soudain, tout s’arrête. Le brouhaha, le mouvement, l’énervement. Oui, tout s’arrête, car il existe une solution pour échapper à cet enfer, à en croire la BVG : le chanvre. Plus précisément, un ticket au chanvre (« Hanfticket » en allemand) qu’il est possible de manger, après utilisation cela va de soi. Place à une musique de fond d’inspiration orientale. Zen, soyons zen.

On découvre alors le chauffeur d’un « Cannabus » tout ce qu’il y a de plus détendu, qui vient à la rencontre d’un producteur de chanvre pour y faire sa petite récolte.


« Il ne s’agit pas de substances interdites ou enivrantes, prévient l’entreprise de transports publics, mais uniquement d’ingrédients sélectionnés et totalement inoffensifs pour la santé. Le ticket se compose de papier comestible conventionnel qui a été arrosé d’une fine couche d’huile de chanvre. »


Se voulant plus rassurante encore, elle prend soin, sur son site internet, de préciser que ce produit n’a rien à voir avec les substances que l’on trouve dans les quartiers connus pour la vente de stupéfiants, et qu’il est « totalement légal ».

À en juger par ce spot publicitaire et les conseils qui l’accompagnent sur le site de la BVG, on dirait bien que les Berlinois ont pris un métro d’avance sur la RATP…

Interview – UPCBD : l’union fait la fleur

Dans quelles conditions l’Union des professionnels du CBD (UPCBD) a-t-elle vu le jour ?

Me Charles Morel : Les gros opérateurs, ainsi que de nombreux commerces indépendants, se sont rendu compte qu’il y avait nécessité de créer un syndicat professionnel qui soit spécifiquement dédié à la filière CBD. L’UPCBD a vu le jour dans un contexte où il y avait à la fois un très fort dynamisme en termes d’ouverture de boutiques et, en même temps, un comportement de l’État qui tirait vers le répressif, avec des poursuites pénales, des fermetures administratives et puis des interprétations assez contradictoires, le plus souvent très strictes, notamment sur la question de la présence de THC dans les produits au CBD. Il y avait donc une volonté de matérialiser l’existence de tous ces commerces – on en compte plus de 1 700 aujourd’hui – et de faire en sorte de porter une parole unitaire autour des problématiques qui leur sont communes.

Le relèvement du taux de THC dans les produits finis est justement l’un de vos axes de travail…
Pour ce qui est du taux de 0,2 % de THC dans les produits finis, c’est acquis avec le nouvel arrêté, qui consacre ce qui relevait de l’évidence : on sait que, quel que soit le procédé utilisé, il est quasiment impossible de faire disparaître toute trace de THC, sauf à recourir à des traitements lourds qui dégradent la qualité de la plante. La problématique du taux de THC dans les produits au CBD ou la fleur brute correspond à la volonté de maximiser les effets bénéfiques du CBD tout en évitant les effets psychotropes du THC. En Suisse, en République tchèque, le taux légal est de 1 %, en Italie de 0,6 %. Le rapport parlementaire sur le chanvre « bien-être » recommande de 0,6 à 1 % selon les produits.


« La recherche de réduction des risques sécuritaires et sanitaires implique la légalisation de la fleur »


Il existe d’autres structures telles que l’UIVEC (Union des industriels pour la valorisation des extraits de chanvre, NDLR) qui se disent plutôt satisfaites des nouvelles dispositions. L’UPCBD, elle, s’attache plutôt au statut de la fleur…
L’UIVEC représente d’autres acteurs, d’autres intérêts, et ne défend pas le commerce de la fleur, alors que nous, nous représentons notamment les boutiques spécialisées, les CBD shops, dont les deux tiers du chiffre d’affaires sont réalisés avec la fleur. Pourquoi ? Parce qu’il y a une demande massive, notamment de la part des consommateurs de THC qui font la transition vers le CBD, ce qui devrait faire comprendre aux responsables politiques que la recherche de réduction des risques sécuritaires et sanitaires implique la légalisation de la fleur, et non pas la création d’un nouveau marché noir qui résulterait nécessairement de l’interdiction annoncée.
Concrètement, quelles actions allez-vous mener pour défendre le droit des professionnels à vendre de la fleur ?
En l’état actuel, pour les procédures en cours engagées contre nos adhérents, nous avons mis à leur disposition un modèle de question prioritaire de constitutionnalité (QPC), qu’ils peuvent utiliser devant les juridictions françaises, qu’elles soient civiles, administratives ou, le plus souvent évidemment, pénales…

sommités florales cbd

Est-ce que vous pouvez être un peu plus explicite sur cette notion de constitutionnalité ?
Nous soulevons trois moyens qui ont trait aux questions de la légalité des peines, du principe d’égalité et de la liberté d’entreprendre. Dans notre État de droit, il revient en effet au législateur de prévoir les conditions dans lesquelles peuvent être prévues des peines privatives de liberté. C’est l’article 34 de la Constitution qui prévoit ce partage entre pouvoir réglementaire et pouvoir législatif. En réalité, la réglementation actuelle renvoie, par un mécanisme en cascade, à différents textes, ce qui revient à remettre cette prérogative entre les mains du pouvoir réglementaire. Il y a donc un vrai sujet en termes de constitutionnalité de la légalité des peines. La QPC (question prioritaire de constitutionnalité, NDLR) prévoit non seulement la question du rapport entre la Constitution et les normes qui lui sont inférieures, mais aussi son interprétation, et on s’aperçoit, en regardant les différentes jurisprudences en France, qu’il y a un écart d’interprétation tel qu’il existe un risque d’arbitraire, une nébuleuse juridique. Enfin, est également en cause le principe de la liberté d’entreprendre, à valeur constitutionnelle. Donc cette QPC peut être soulevée dans le cadre des contentieux en cours. Nous travaillons également à la rédaction d’une question préjudicielle parce que l’arrêt Kanavape du 19 novembre 2020, qui a consacré la légalité du CBD – le fait qu’il n’était pas un stupéfiant, donc qu’il pouvait circuler librement – a été pris à propos de produits finis et on voudrait que cela englobe la fleur.
Ensuite, pour ce qui relève d’un avenir proche, nous préparons un recours contre l’arrêté dans sa nouvelle version, tel qu’il a été communiqué le 20 juillet dernier à la Commission européenne. Nous, ce que nous disons au gouvernement, c’est que l’argument de l’impossibilité pour les forces de l’ordre de distinguer le THC (illégal) du CBD (légal) est en réalité un faux prétexte car les moyens d’opérer cette distinction – des tests – existent et sont utilisés tous les jours dans des pays limitrophes.

Où ces tests sont-ils fabriqués ?

Ils sont produits en Suisse, mais pourraient tout à fait être fabriqués en France. Nous sommes en train d’essayer de chiffrer le coût de ces tests, notamment en comparant avec les alcootests. Quoi qu’il en soit, ce motif d’ordre public invoqué par le gouvernement me paraît assez famélique et ne repose sur aucun bilan inconvénients/avantages ; il s’agit de brasser large et de faire de la prohibition tous azimuts, y compris contre des produits qui n’ont pas de caractère stupéfiant.


« L’argument de l’impossibilité pour les forces de l’ordre de distinguer le THC du CBD est un faux prétexte »


L’autre argument invoqué par le gouvernement, c’est un motif de santé publique : qui dit fleur dit combustion. Et on revient au problème que pose le tabac…
Si l’on se place sur le simple plan de la logique et de la cohérence, je n’ai pas eu connaissance du fait que le gouvernement avait l’intention d’interdire le tabac. Il est paradoxal, d’un côté, de faire des bureaux de tabac des commerces essentiels durant le confinement et, de l’autre, de s’appuyer sur l’exemple du tabac pour prohiber la fleur. Interdire un produit parce qu’un mode de consommation peut poser problème, à savoir l’inhalation par voie fumée, alors qu’il y en a d’autres possibles, comme l’infusion ou la vaporisation, est inédit.

Nombre de syndicats professionnels sont présidés par des entrepreneurs du secteur concerné. Or c’est vous, avocat de profession, qui présidez, l’UPCBD. Pourquoi un avocat ?
Peut-être parce qu’il y a une dimension juridique forte, dans le temps présent en tout cas, car c’est bien la réglementation qui pose problème. Peut-être aussi parce qu’il s’agissait d’avoir quelqu’un qui ait une maîtrise de sa parole – ça fait partie, a priori, des qualités que l’on prête à notre métier. Et puis, l’idée aussi, c’était que ce soit quelqu’un de neutre plutôt qu’un acteur économique susceptible de se retrouver en conflit d’intérêts. J’ai accepté cette fonction et les responsabilités qui y sont associées parce que la cause me paraît juste, et que nous sommes en présence d’une réglementation qui a un caractère trouble, incompréhensible, voire absurde, alors qu’elle devrait reposer sur des fondements clairs, rationnels, et une lecture pragmatique du phénomène que représente l’émergence d’une nouvelle filière économique et agricole. Donc, c’est ça, les critères : la neutralité, la conviction, et la maîtrise de l’ensemble des problématiques, notamment juridiques, très prégnantes actuellement.

syndicat cbd

Est-ce qu’il y a eu des obstacles ou des difficultés particulières lors de la mise en place de la structure UPCBD ?
La banque, tout simplement. Trouver une banque qui nous accepte alors même qu’on ne fait pas de commerce, ajouté à l’intitulé de notre structure, a été un
problème.

Et comment avez-vous surmonté cette difficulté ?
On a résolu le problème provisoirement en prenant une banque étrangère. Donc on est en train de discuter avec des banques qui seraient prêtes à travailler non seulement avec nous mais aussi avec nos adhérents. Au passage, depuis le début, l’Etat privilégie la concurrence étrangère avec le CBD synthétique, essentiellement américain et asiatique, puis la fleur européenne, puisque la fleur de chanvre CBD est à 90 % importée. La France joue contre son camp, contre ses acteurs économiques, répartis sur tout le territoire, et contre nos concitoyens, en quête de produits apaisants et naturels.

Est-ce que vous êtes en contact avec d’autres organismes européens qui défendent les mêmes intérêts ?
Pas encore. Pour l’instant, nous avons tissé des liens avec les autres organismes professionnels français – nous avons d’ailleurs fait paraître une tribune commune dans l’Obs la semaine dernière -, mais pour ce qui est de l’échelon européen, il est prévu que cela se fasse dans une seconde séquence.


« Le sens de l’histoire, la science et le droit avancent dans une même direction : le développement d’une filière CBD incluant la fleur brute »


Dernière question : comment voyez-vous l’évolution de la situation dans les prochains mois ?
Je vais vous paraître optimiste, mais je ne crois pas que l’État s’engagera dans un bras de fer avec 1 700 boutiques et des milliers de buralistes qui vendent aujourd’hui de la fleur de chanvre CBD ; cela créerait une situation chaotique et ajouterait un désordre à une injustice. Si l’arrêté est publié en l’état – on espère qu’il ne le sera pas -, nous l’attaquerons immédiatement devant le Conseil d’État, avec la conviction que les principes fondamentaux consacrés par la Constitution et les traités européens doivent conduire à son annulation. On voit bien qu’il y a une forme de séparatisme – pour utiliser un terme en vogue – de la part de la France sur ce sujet. La plupart des pays européens s’inscrivent dans une logique inverse. L’option prohibitionniste retenue pour l’instant correspond à l’agenda électoral ; le chef de l’État a laissé la main au ministre de l’Intérieur le temps de l’élection présidentielle pour tenir sa droite, et l’électorat conservateur. À nous de lui faire comprendre l’impasse de cette option, l’intérêt de la fleur pour réduire les risques sanitaires et sécuritaires, l’enjeu agronomique et écologique de la culture du chanvre, la vitalité d’un secteur qui redynamise les centres-villes et fait entrer dans le jeu économique une nouvelle génération d’entrepreneurs et d’agriculteurs. Il est tout de même assez paradoxal de dire qu’on veut lutter contre les trafics tout en voulant créer un nouveau marché noir pour un produit qui n’est pas un stupéfiant : si on rend le marché de la fleur de chanvre CBD illégal, ceux qui consomment ne vont pas cesser de consommer. La demande sociale très forte, toutes générations confondues, pour des produits naturels sans effet secondaire, doit être prise en compte. Au-delà des circonstances politiques du moment, le sens de l’histoire, la science (avec les nombreuses études déjà réalisées et celles qui sont en cours), le droit (avec la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne et de la Cour de cassation), avancent dans une même direction : le développement d’une filière CBD, incluant la fleur brute, du producteur au consommateur. Mais nous prenons du retard alors que nous avons tous les atouts requis pour une filière d’excellence, et laissons la concurrence étrangère profiter de notre immobilisme. Je ne crois pas à la possibilité pour le gouvernement de s’inscrire durablement dans la prohibition. Mais je crois aussi que le temps perdu ne se rattrape plus. Il faut sortir de l’ornière d’une morale grossière, de l’idéologie et des calculs personnels pour se mettre au service de l’intérêt général, de nos acteurs économiques et de nos concitoyens.

Extrait de la tribune publiée dans L’Obs

 

Paru le 23 septembre dernier, ce texte a été cosigné par l’Association française des producteurs de cannabinoïdes (AFPC), le Syndicat des professionnels du chanvre (SPC), l’Union des professionnels du CBD (UPCBD) et l’association citoyenne Norml France. En voici un extrait.

 

« Avec le projet d’arrêté du 20 juillet dernier, l’État crée de l’illégalité au lieu de produire de la valeur. Il consolide la concurrence étrangère au lieu de tirer parti du dynamisme des acteurs nationaux. Le retard pris aujourd’hui ne sera pas ou peu rattrapé demain. Ubuesque, contraire au droit européen et à nos principes fondamentaux, exposé à ce titre à la censure du Conseil d’État, ce texte sera aussi inapplicable et provoquera des fermetures ciblées et aléatoires, un volume contentieux considérable, une confusion généralisée. Nous enjoignons donc les autorités à sortir de l’impasse de l’option prohibitionniste en autorisant la production, la commercialisation et l’usage de la fleur de chanvre CBD. Il n’est pas trop tard pour faire le choix d’un développement sécurisé de la filière CBD française, profitable – sur les plans sécuritaire, sanitaire et économique – à l’ensemble de notre communauté nationale. »

Kaya/Peace and Skin : le CBD bien-être prend ses marques chez monoprix

Campagne d’affichage dans le métro, spots publicitaires sur les chaînes du groupe M6, l’arrivée des marques Kaya et Peace and Skin dans une enseigne de grande distribution n’est pas passée inaperçue. C’est surtout le signe que la fameuse molécule de CBD, à ne pas confondre avec le THC, a gagné en légitimité puisque avec elle, il est avant question de bien-être et de santé. Pour en savoir plus, nous sommes allés à la rencontre de deux des cofondateurs de la société Rainbow à l’origine de ces marques anti-stress et bien-être, Ludovic Rachou et Camile Brocco. Un échange qui a aussi été occasion de faire le point sur la législation, sujet sur lequel la société Rainbow est en pointe, avec la création d’un syndicat, l’Union des industriels pour la valorisation des extraits de chanvre (UIVEC).

Présentez-nous la société Rainbow en quelques mots…
Camille Brocco : Nous sommes cinq associés à avoir créé Rainbow. Cette société a pour vocation de développer des marques bien-être, anti-stress, grâce au chanvre, et donc au CBD. À la base, nous avons lancé deux marques : Kaya, qui est une marque de compléments alimentaires, et Peace and Skin, qui est une marque de cosmétiques. Que ce soit pour les compléments alimentaires ou pour les cosmétiques, nous mélangeons le CBD avec des plantes « adaptogènes » pour développer des formules uniques qui répondent à des besoins précis pour les consommateurs.

cofondatrice de la marque Kaya.
Camille Brocco, cofondatrice de la marque Kaya.

 

L’arrivée de vos produits chez Monoprix s’est accompagnée d’une belle campagne de communication. Comment s’est développé ce projet ?
Camille Brocco : Avec Monoprix, ça s’est fait à l’inverse de ce qui se pratique en général dans la grande distribution. Ce sont eux qui sont venus nous démarcher. Ils ont découvert nos produits à travers nos canaux de distribution, via une influenceuse ; ils se sont intéressés à nos marques et ont pris contact avec nous pour commencer à échanger parce qu’ils voulaient référencer des marques au CBD dans leurs corners santé. Nous, nous avons un facteur de réassurance sur tous nos produits ; c’est pour cette raison, je crois, que Monoprix nous a choisis. Nos produits sont développés en interne avec Alison (Ouvrier-Neyret, NDLR), qui est docteure en pharmacie. Elle valide toutes les formules, s’assure que tout ce qui sort est conforme de A à Z, avec des plantes qui sont objectivées. L’autre raison qui a convaincu Monoprix, c’est que quatre des associés de la société Rainbow ont une expérience en grande distribution. Ce qui nous a permis de rassurer nos interlocuteurs sur notre capacité à suivre, à être carrés, etc.

 

Donc, finalement, vous n’avez pas eu à faire un travail de pédagogie pour les convaincre ?
Ludovic Rachou : Comme le disait Camille, ils étaient déjà convaincus par nos marques. En revanche, nous avons tout de même fait un travail de pédagogie sur le CBD. Ce qui a fait la différence, c’est notre connaissance, notamment, de l’environnement réglementaire. Nous étions à l’initiative sur la création d’un syndicat professionnel (UIVEC, Union des industriels pour la valorisation des extraits de chanvre, NDLR). Nous avons par conséquent une véritable connaissance de l’environnement réglementaire et de son évolution, ce qui pour eux était un point clé. Nous avons pu conseiller leurs équipes sur les aspects auxquels il fallait être attentif.
Autre point intéressant, Kaya est une marque qui a été lancée en Angleterre à l’origine, où le marché du CBD est nettement plus développé. Donc nous avons cette expérience de travail avec le « retail » anglais et je dirai que le « retail » anglais a déjà pris les réflexes sur l’industrie du CBD depuis deux-trois ans (là-bas, vous avez du CBD partout dans la grande distribution). Nous sommes donc aussi arrivés avec cette casquette en disant : voilà comment font vos homologues à l’étranger. Nous avions une connaissance du marché qui n’était pas juste française mais, avec le Royaume-Uni, un peu plus européenne.

cofondateur de Rainbow
Ludovic Rachou, cofondateur de Rainbow

 

Comment les produits des marques Kaya et Peace and Skin sont-ils élaborés ? Et d’où viennent les matières premières ?
Camille Brocco : Nous avons une pharmacienne en interne, qui est la personne responsable du développement des produits en termes de qualité, de sourcing des ingrédients, avec des ingrédients qui sont objectivés pour que l’on puisse proposer des produits qui soient le plus efficace possible. Les ingrédients sont sourcés en fonction de leur provenance. Si on parle des plantes adaptogènes, la racine de maca, par exemple, ça pousse au Pérou, donc nous la faisons venir du Pérou.
Pour ce qui est de la fabrication, ça dépend des produits. Nous fabriquons dans des usines qui sont implantées en Europe. Pour l’un des premiers produits que nous avons lancé sous la marque Kaya, qui est le chewing-gum (aux extraits naturels de chanvre et menthe, 5 mg de CBD, NDLR), il était essentiel à nos yeux de proposer un produit qui soit naturel, sans plastique et sans pétrole, alors que la plupart des chewing-gums disponibles sur le marché en contiennent. Et la seule usine qui était capable de nous proposer ça, c’était une usine italienne. Pour la cosmétique, enfin nous travaillons avec un labo de formulation situé à Paris.

 

Vous avez également une boutique en ligne, en plus de la distribution chez Monoprix. Vous cumulez donc les canaux de distribution…
Camille Brocco : En ce qui concerne Monoprix, nous ne sommes pas présents dans 100 % des magasins. En ce moment, ils réalisent un test sur le CBD. Donc ça ne peut pas, demain, être notre premier réseau de distribution, ça ne suffirait pas. Aujourd’hui, nous sommes distribués sur internet, c’est notre premier canal de vente. Ça nous permet d’échanger directement avec le consommateur, ils peuvent nous poser des questions sur nos produits, profiter de conseils ; il y a toujours une pharmacienne qui est en ligne pour répondre aux personnes qui s’interrogent. Pour nous, il est donc très important de conserver ce canal de vente comme prioritaire.
Ensuite, en effet, l’idée, c’est d’étendre la distribution retail avec un premier test chez Monoprix et, avec un peu de chance, dans d’autres enseignes à venir. Et, le jour où la réglementation sera un peu plus claire, un de nos objectifs est aussi d’aller en pharmacie, qui est le premier réseau où les gens viennent acheter des compléments alimentaires.

 


« Nous avons une véritable connaissance de l’environnement réglementaire et de son évolution, ce qui était un point clé pour Monoprix »


 

Dans quels magasins Monoprix vos produits sont-ils référencés ?
Ludovic Rachou : En fait, le test Monoprix ne porte pas sur le CBD mais sur leur concept santé. Ils pensent l’étendre à toute la France, mais c’est aussi une question d’installation, avec du mobilier, etc. Ce sont des process qui nécessitent du temps. Leur objectif, c’est de disposer d’une dizaine de magasins équipés dans un mois à peu près ; il y a environ 200 magasins qui seraient potentiellement éligibles sur 2021-2022.

 

Il y a quelques mois, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) s’est prononcée contre une décision de justice française à l’encontre de Kanavape. Que représente cet arrêt à vos yeux ? Est-ce qu’il vous ouvre de nouveaux horizons ?
Ludovic Rachou : Je dirai que c’est LA décision la plus importante pour l’industrie du CBD et, de manière plus large, des extraits de chanvre. D’ailleurs, c’est à la suite de cela qu’avec d’autres acteurs de la filière, nous avons constitué un syndicat, à savoir l’UIVEC. Le point fondamental, c’est que ça a donné l’interprétation en droit européen de la place du CBD et des autres extraits de chanvre au regard des conventions internationales. Le droit européen primant sur le droit national, c’est ce qui a déclenché l’évolution réglementaire en France. L’arrêt de la CJUE dit « Kanavape » du 19 novembre dernier, au-delà de cette interprétation, a aussi confirmé que la France était en infraction par rapport au principe de libre circulation des marchandises et donc, a demandé expressément à la France de reformuler sa réglementation.
C’est pour cela qu’en France, actuellement, la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, NDLR) est en train de faire évoluer la réglementation. C’est l’élément fondateur de l’évolution réglementaire en France et c’est ce qui a créé une opportunité pour les acteurs de la filière de se positionner sur ce marché-là puisque, de facto, ça a clarifié le fait que le CBD ne pouvait plus être classé comme stupéfiant au niveau européen. De fait, beaucoup de marchés se sont ouverts, le potentiel s’est déverrouillé là où, auparavant, seuls les plus audacieux, les pionniers, voulaient vraiment tenter l’aventure. Ce qu’on voit aujourd’hui, notamment au sein de l’UIVEC, c’est que les grands acteurs du monde de la santé, des gens très installés dans la cosmétique ou les compléments alimentaires, vont demain aller sur le CBD.

L’équipe en plein brainstorming

 

Au sein de l’UIVEC, quelles démarches avez-vous entreprises auprès des pouvoirs publics pour faire avancer les choses ?
Ludovic Rachou : Nous sommes devenus un des interlocuteurs de référence de la Mildeca sur ces problématiques-là, dans le cadre de l’évolution réglementaire. Nous échangeons avec toutes les administrations concernées : ministères de l’Agriculture, de l’Économie, de la Santé pour les principaux et dans, une moindre mesure, ministères de l’Intérieur et de la Justice. Nous apportons surtout un éclairage technique grâce à la connaissance et au savoir-faire de nos adhérents sur le fonctionnement de cette filière. Ce qu’il faut savoir, c’est que nous avons pas mal d’adhérents qui sont déjà présents dans des filières CBD ou extraits de chanvre à l’étranger, aux États-Unis ou en Suisse notamment. Je pense à des groupes internationaux comme le groupe Robertet, qui est un des leaders mondiaux et qui fabrique des ingrédients pour les parfums, pour Chanel et Dior, et qui aujourd’hui ont des joint ventures aux États-Unis ou en Suisse pour l’extraction de CBD.

 


« C’est la décision la plus importante pour l’industrie du CBD et des autres extraits de chanvre »


 

Comment se passent les échanges avec la Mildeca ?
Ludovic Rachou : La Mildeca avance sujet par sujet. Néanmoins, elle ne décide pas, elle propose, et l’arbitrage final est avant tout politique. La Mildeca dépend du cabinet du Premier ministre. Donc c’est entre les mains du cabinet du Premier ministre et des ministères concernés sur chaque thématique, l’esprit étant de se mettre en conformité avec le droit européen. Donc la question de la conformité avec le droit européen est primordiale dans l’évolution réglementaire, c’est le prisme qui est privilégié par les autorités puisque c’est dans ce cadre-là qu’elle intervient. Ce qu’il faut avoir à l’esprit, c’est que cette évolution réglementaire n’a pas été motivée uniquement par des sujets politiques, il s’agit avant tout d’une mise en conformité par rapport au droit européen.

 

Pour revenir à l’aspect produit, il est beaucoup question, sur les sites de vos marques, des plantes « adaptogènes ». De quoi s’agit-il ?
Camille Brocco : Ce sont des plantes qui, naturellement, vont réduire les facteurs de stress sur notre corps. Elles ont été référencées telles quelles. Il y a en fait plusieurs origines, que ça soit dans les médecines traditionnelles chinoise, indienne, ayurvédique, et en fait, de par leurs effets et les actifs qu’on en retire, elles permettent de réguler le stress sur notre corps et sur notre peau. Certaines sont très connues et utilisées couramment comme la lavande ou l’aloe vera ; d’autres sont plus spécifiques comme la rhodiole ou le ginseng indien.

 

Et donc, quelle est la spécificité du chanvre en tant que plante adaptogène ?
Camille Brocco : Le chanvre en fait partie, en effet, puisqu’il réduit les facteurs de stress sur notre corps et sur notre peau. La molécule de CBD a vraiment un effet relaxant et apaisant. Quand on l’absorbe via des compléments alimentaires, elle possède un effet calmant ; et quand on l’applique sur la peau, comme en cosmétique, elle est reconnue pour ses vertus anti-inflammatoires.

 


« L’avantage, avec le marché américain notamment, c’est qu’il y a beaucoup d’acteurs privés qui financent la recherche »


 

Est-ce que, comme dans la vape, il y a des médecins, des scientifiques, des experts qui font référence dans le domaine du CBD ?
Ludovic Rachou : La molécule de CBD a été très étudiée pour ses propriétés pharmaco, donc pour les médicaments. Je pense notamment à l’Epidiolex, qui est déjà commercialisé en France. Là, on est sur des doses de CBD qui sont assez élevées (300 mg/jour). Mais ce qu’on peut constater, c’est que depuis quatre à cinq ans, un grand nombre d’études ont été menées aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Australie, en Nouvelle-Zélande et, plus récemment, en Europe continentale. Et il commence en effet à émerger quelques noms ; on le voit en France aujourd’hui avec l’ANSM, qui s’est penchée sur les effets du CBD.
L’avantage, notamment avec le marché américain, c’est qu’il y a beaucoup d’acteurs privés qui financent la recherche. Donc il commence à y avoir pas mal de médecins, d’addictologues et autres qui ont publié des travaux sur les effets du CBD, aussi bien en ce qui concerne l’ingestion avec des compléments alimentaires à faible dose que l’application cosmétique. Il y a de plus en plus d’études sur l’application cutanée qui sont en train d’être conduites ou qui ont été menées à bien avec des effets avérés. Il y a donc un consensus scientifique. D’ailleurs, l’Union européenne travaille sur cette question via le CSSC (Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs, NDLR) sur les problématiques cosmétiques notamment.

 

Quel est le profil des consommateurs en ce qui concerne vos produits au CBD ?
Camille Brocco : Nous avons différents types de consommateurs puisque nos produits répondent à différents types de problèmes. Chez Kaya, si je prends l’exemple de notre gamme Sweet Dream, nous nous adressons à des gens qui ont des troubles du sommeil, qui ont du mal à s’endormir ou qui font des insomnies pendant la nuit. Avec notre gamme Rise & Shine, nous répondons plutôt à gens qui sont victimes d’un stress chronique tout au long de la journée.

 

Oui, mais en termes de catégories socio-professionnelles, d’âge, de sexe, etc., est-ce que l’on peut définir un profil type ?
Camille Brocco : Notre cœur de cible aujourd’hui, ce sont plutôt des femmes. Elles ont entre 30 et 45 ans, vivent dans les centres urbains, et elles ont l’habitude d’effectuer des achats sur internet. Et, surtout, quasiment tous nos consommateurs manifestent un réel intérêt pour les produits naturels, mais aussi pour le yoga, la méditation ainsi que les médecines parallèles…

 

Concernant la description de vos produits, vous distinguez « isolat », « broad spectrum » et « full spectrum », en écartant ce dernier à cause de la présence de THC. Vous pouvez nous en dire plus ?
Ludovic Rachou : Aujourd’hui, dans la réglementation française, indépendamment de l’argumentation sur le chanvre, on n’a pas le droit d’avoir des traces de THC dans quelque produit fini que ce soit. La fameuse limite des 0,2 % ne s’entend que dans la culture et dans la plante entière. Nous ne voulons pas encourager la consommation de produits qui contiendraient des matières stupéfiantes. À ce titre-là, seuls l’isolat et le « broad spectrum » peuvent répondre à l’impératif du « zéro THC » ou, en tout cas, du THC non détectable. C’est un point clé sur lequel nous appelons les autorités à se positionner, notamment à établir ce qu’on pourrait appeler un « zéro acceptable » parce que le zéro absolu est scientifiquement intenable. Aujourd’hui, vous pouvez trouver des traces de THC dans le lait de vache parce qu’il se peut que ces vaches aient été nourries avec du chanvre.

 

Quelles sont les prochaines étapes de développement pour les marques du groupe Rainbow ?
Camille Brocco : Cela va se faire sur plusieurs niveaux. L’objectif est avant tout de créer des marques dans lesquelles nous allons étoffer notre gamme pour répondre à de nouvelles attentes. Sur Kaya, nous avons pour projet de lancer une gamme axée sur le sexe, pour les gens qui ont des problèmes de libido, etc. Ensuite, la deuxième étape, c’est d’internationaliser nos marques. Avec Kaya, nous sommes déjà présents dans plusieurs pays (Angleterre, Italie, Pologne et Allemagne très bientôt). Nous visons donc tous les pays d’Europe qui ont un potentiel. Nous souhaitons faire de même avec Peace and Skin. Dans un troisième temps, nous réfléchissons en effet au lancement de nouvelles marques, avec toujours l’ADN du chanvre et des marques anti-stress.

 

Pourquoi ne pas vous être lancés dans la vape ?
Ludovic Rachou : Ce n’est pas un sujet sur lequel nous nous sommes positionnés. La question s’est posée très brièvement avant de commencer, parce qu’à l’époque, le CBD était très présent dans les produits de vape. Mais cela ne s’inscrit pas forcément dans l’esprit de nos marques qui sont axées bien-être et santé, même si la vape a des vertus en termes de traitement de l’addiction au tabac. Je ne vous dis pas que nous n’irons jamais sur ce créneau, mais pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour.

 


« Le côté éducation pour nous, au niveau des marques, c’est le nerf de la guerre, c’est notre sujet principal, notre gros challenge »


 

Est-ce que vous êtes particulièrement attentifs à la sémantique ainsi qu’aux éléments de langage pour « éduquer » les gens sur le CBD ?
Ludovic Rachou : Oui, c’est un aspect sur lequel nous avons beaucoup travaillé. En France, vous n’avez évidemment pas le droit de faire l’apologie des stupéfiants. Il y a le cas de marques qui faisaient de l’alimentaire à base de chanvre et qui ont eu des ennuis parce que, justement, ils mettaient en avant sur leurs paquets un lexique autour de l’univers du cannabis récréatif, avec des mots comme « dealer », défonce », etc. C’est de l’apologie de la consommation de stupéfiants et c’est répréhensible. Donc nous faisons très attention à cela.
Au-delà de cet aspect, il y a la question des allégations thérapeutiques. Sur ce point, il y a une législation à respecter, mais elle n’est pas liée au CBD, il s’agit d’une législation générale, et donc nous encourageons tous les acteurs de la filière à respecter la réglementation applicable pour la typologie de produits.
Camille Brocco : Vous avez visé juste en parlant d’éducation. Le côté éducation, pour nous, au niveau des marques, c’est le nerf de la guerre, c’est notre sujet principal, notre gros challenge. Il s’agit d’éduquer, de sortir de cet amalgame entre CBD et défonce, faire comprendre aux gens que THC et CBD, c’est complètement différent. Donc, bien entendu, nous travaillons notre sémantique, que ce soit auprès des consommateurs ou bien de nos interlocuteurs. ■